L’autonomie, la plus importante qualité du pratiquant

Parmi les nombreuses qualités essentielles pour un pratiquant d’arts martiaux, une me semble se détacher du lot, et de loin: l’autonomie. Car plus que la sensibilité ou des capacités physiques particulières, c’est la capacité à se prendre en main et à travailler seul les exercices proposés qui fait une réelle différence entre deux pratiquants.

Pour de nombreux pratiquants, la pratique se résume à quelques heures au dojo, le plus souvent à un rythme de 2-3 fois par semaine, parfois plus pour les plus motivés, parfois moins. Et si c’est évidemment une bonne base, il n’est pas inutile de se rappeler que les plus grands experts ont dédié leur vie à la pratique, avec de nombreuses heures d’entrainement au quotidien pendant des décennies. Bien sûr, tout le monde ne souhaite pas atteindre le niveau des plus grands et il est important et sain de conserver une vision claire de ses objectifs propres et d’ajuster sa pratique en fonction.

Pour autant, et sans nécessairement pratiquer dix heures par jour en laissant son travail et sa famille sur le bord de la route, il est tout à fait possible de devenir plus autonome et de pratiquer ainsi mieux, à défaut de plus.

L’autonomie commence au dojo…


C’est au dojo que tout commence et que le pratiquant, déjà, doit se prendre en main. Si l’enseignant, ou les sempai peuvent, et doivent, servir de guides, le pratiquant reste cependant responsable de sa propre progression. Lui seul peut réellement ressentir ce qui se passe dans son corps, ce qu’il comprend, ce qu’il ne comprend pas, et où il doit mettre ses priorités.

En Yoga, une séance commence souvent par quelques secondes réflexives pendant lesquelles le pratiquant est invité à mettre en place une intention. Cette intention peut être liée à la pratique du jour ou plus générale. Dans le cas des arts martiaux, si la pratique commence souvent également par mokuso, permettant une pause entre la vie quotidienne et la pratique martiale, je n’ai pourtant jamais vu un enseignant encourager à utiliser cet instant pour définir ce que nous souhaitons faire de ces instants sur le tatami, quelque chose que je ne peux que vous encourager à faire à titre individuel.

Mokuso est l'opportunité de former une intention personnelle pour la pratique. © Linda Rahmat


Venir au dojo pratiquer est un premier pas gigantesque, qui demande une grande motivation. Pourquoi en effet aller pratiquer au lieu d’autre chose? La motivation est cependant quelque chose qui doit se maintenir dans le temps et définir le “pourquoi” facilite grandement les choses.

Etre autonome ne signifie en revanche pas faire son propre cours dans le cours et travailler sur ce qui nous amuse en évitant soigneusement les consignes données, mais les personnaliser en fonction de nos propres besoins, poser des questions si besoin, et ne pas attendre d’être pris par la main.

… et continue en dehors


De mon point de vue, le temps passé au dojo est un temps qui doit servir à recevoir de nouvelles idées et à confronter les nôtres à la réalité. De ce fait, le dojo devient ni plus ni moins que le temps et l’endroit pour un reality check.

Pour avoir une utilité, ce reality check ne peut exister que s’il y a quelque chose à checker. En d’autres termes, la pratique doit être réfléchie et travaillée en dehors des cours pour avoir de nouvelles choses à tester. C’est typiquement l’approche choisie par l’Aunkai, qui prône une pratique personnelle et solitaire quotidienne pour modifier le corps en profondeur.

« L’essence est la transformation de notre utilisation du corps. En ce sens le travail à deux est plus un moyen d'obtenir un "feedback", de vérifier le résultat de nos recherches. »
Akuzawa Minoru, interview avec Léo Tamaki

Akuzawa sensei est pour moi l’expert qui a poussé cette idée le plus loin, rendant ainsi le travail à deux optionnel et la présence en cours… presque un détail. Lors de notre première rencontre, il m’avait d’ailleurs dit, certes avec un peu d’ironie, de bien tout noter et de travailler de mon côté, car ainsi j’aurais tout ce qu’il me fallait et il ne me serait pas nécessaire de revenir. Si j’ai bien sûr continué à lui rendre visite et à apprendre à ses côtés, il n’en reste pas moins vrai qu’il m’avait donné tous les éléments nécessaires à ma progression et qu’il s’est ensuite agi d’ajuster et d’aller de plus en plus en profondeur.



Trouver l'information et les outils nécessaires à sa progression

L'apprentissage d'un art martial ne peut se faire seul. Si la pratique elle-même doit être profondément personnelle, il est également profondément inefficace de vouloir réinventer la roue et d'approcher les traditions martiales sans un guide et sans les outils nécessaires pour progresser.

Depuis près d'un an, j'enseigne l'Aunkai en ligne chaque semaine à des pratiquants d'une dizaine de pays, quelque chose qui aurait semblé impensable avant la pandémie. Ces cours pour autant ne sont pas suffisants: ils ont pour but de donner des outils, des clés de compréhension, de nouvelles idées aux pratiquants pour qu'ils puissent les travailler de leur côté, modifier leur corps en profondeur et avancer. Ce travail personnel est ici, encore plus que d'habitude une nécessité.


Yashima, s’immerger dans les traditions martiales de l’archipel nippon



Au-delà de la pratique physique, comprendre l’écosystème des traditions martiales, leur histoire, les choix techniques, corporels et stratégiques des différentes écoles et plus simplement écouter les partages d’expériences d’adeptes bien plus avancés que nous permet de s’immerger un peu plus encore dans la pratique d’améliorer en profondeur sa compréhension.

C’est ce que Yashima essaie de faire dans chaque numéro avec des interviews des plus grands adeptes, un contenu historique, des regards croisés sur des grands thèmes transversaux et bien plus encore. Chaque trimestre, c’est 100 pages de contenu de qualité qui est livré directement chez vous ou disponible chez votre marchand de journaux.

 

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