Yashima 30 - Le principe de la souplesse

 


Il est des numéros dont le fil s’impose de lui-même. Dont les textes pourtant destinés à des sections différentes partagent un même souffle. Pour ce numéro de Yashima, ce souffle est celui du jū 柔: la souplesse, la flexibilité. Non comme faiblesse ou renoncement, mais comme principe structurant du budō.

On le perçoit évidemment dans le parcours puissant d'Eddy Hagihara de l’Aikikai de New York. Maître discret, presque effacé, Hagihara sensei incarne un Aikidō qui refuse l’esbroufe et la brutalité. Son cheminement, marqué par l’exil, la guerre et la nécessité de s'ajuster sans jamais se renier, est l'incarnation même de la force de l'adaptation.
Chez lui, le jū n’est ni un concept abstrait ni un slogan spirituel : il est une stratégie de survie qui devient voie de transformation. Souple pour faire face au réel, flexible parce que forgée dans l’épreuve. Sa parole rappelle que l’Aikidō n’est pas une esthétique, mais un engagement du corps et de l’intention.

Cette notion trouve un écho direct dans le thème central de ce numéro : Jū no Ri, le principe de la souplesse. Trop souvent réduit à un élément d'une opposition caricaturale entre dureté et douceur, le jū est en réalité une intelligence du mouvement, une capacité à absorber, à rediriger, à persister sans se briser. Dans les traditions martiales japonaises il ne s’oppose pas à la puissance, mais permet de la conserver à travers le temps. Comprendre le principe jū, c’est intégrer que l’efficacité véritable nait du relâchement, de l’écoute, de l’adaptation constante — sur le tatami comme dans la vie.

Enfin, l’article consacré au temple Engyō-ji vient offrir un contrepoint silencieux à ces réflexions. Niché sur le mont Shosha, soumis aux intempéries et aux guerres, le site a su traverser les siècles grâce à une forme d’accord avec son environnement. Comme le budō, Engyō-ji enseigne sans discours : survivre c’est s'harmoniser. Traverser les siècles, c’est savoir s'incliner sans s'effacer.

À travers ces pages, nous sommes invités à reconsidérer ce que signifie réellement être fort. N'est-ce pas durer plutôt que s'opposer ? Transformer plus que vaincre ? C’est peut-être là, aujourd’hui plus que jamais, l’enseignement le plus martial qui soit.

 

Le numéro 30 de Yashima est en kiosques depuis quelques jours, et comme toujours disponible sur commande ainsi qu'en version digitale

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