Le corps avant la technique

A mes débuts, ma pratique était avant tout externe, centrée sur l’accumulation technique, accumulant ainsi les réponses possibles à des attaques données. En parallèle, conscient de l’importance d’avoir une certaine condition physique, je cherchais à me renforcer par des exercices de musculation (plus ou moins correctement réalisés) et de la course à pieds.

La technique passait avant le corps, qui n’en était qu’un support.

Les choses ont bien changé depuis et ma rencontre avec l’Aunkai n’y est évidemment pas pour rien. Si je suis convaincu encore aujourd’hui que les deux approches ont leurs avantages et qu’il est tout à fait possible d’atteindre un très haut niveau en passant par une pratique externe, je crois en revanche qu’une pratique qui va de l’intérieur vers l’extérieur permet un gain de temps précieux dans la progression d’un individu. Et c’est pour cela que si j’ai changé la façon dont je pratique, j’ai également changé la façon dont j’enseigne.

Corriger le corps - la première étape de la pratique

J’ai rencontré Fabrice il y a environ un an et demi, et nous pratiquons ensemble vraiment sérieusement depuis le début de l’année 2019. Ancien compétiteur de Judo à bon niveau, Fabrice est puissant et combatif. Mais cette puissance venait avec une tension extrême qui ne lui permettait pas de l’exploiter pleinement. Sans fluidité et une compréhension fine de son corps, il déployait une grande puissance physique… qui avait peu d’effet.

Depuis le début de l’année, Fabrice et moi pratiquons ensemble deux fois par semaine, et le plus souvent uniquement tous les deux. Si les mois précédents nous pratiquions surtout le jujutsu ensemble, c’est à l’Aunkai que nous nous sommes concentrés depuis. Fabrice s’est très vite intéressé à cette pratique en apparence austère, dont l’objectif principal est de faire du corps la technique. La première moitié de l’année a été l’opportunité d’améliorer son conditionnement et de le rendre « utile ». Doué déjà d’une puissance non négligeable, il est arrivé assez rapidement à des résultats réels qui lui ont permis de prendre confiance en sa capacité à générer et recevoir des forces.

Mais le conditionnement n’est que la surface de l’Aunkai et le coeur de la pratique consiste réellement à modifier l’utilisation du corps pour conserver un effet phénoménal avec un effort presque négligeable. Si cette transition est probablement la plus difficile à réaliser, car notre ego se satisfait facilement des capacités offertes par le conditionnement, Fabrice s’y plie de bon coeur depuis 2-3 mois. Le conditionnement l’avait rendu plus efficace, tout en ne résolvant pas une partie du problème: lourdeur, tensions au contact, manque de fluidité. Sans avoir totalement résolu ces difficultés, ce travail plus profond sur l’organisation du corps a eu des effets presque immédiats.




Eduquer le corps, pour mieux l’utiliser


Depuis tout juste un mois, Fabrice s’est réessayé à l’Aïkido Kishinkai, une pratique non seulement technique mais qui demande des qualités corporelles spécifiques, qui vont parfois à l’encontre de celles de l’Aunkai. Et pourtant, alors qu’il n’avait pas pratiqué l’Aïkido, ou même réalisé de travail technique, depuis janvier, son niveau avait augmenté de manière exponentielle. Plus en quelques mois que de nombreux pratiquants en quelques années. Plus fluide, plus présent, plus léger au contact, sa pratique a en quelques mois changé le jour et la nuit. A tel point que lors de notre première session d’Aïkido il y a environ un mois, je me suis surpris à penser « c’est vraiment excellent ce qu’il fait ».

Au-delà de cette simple anecdote, cette impression a confirmé ce que je pense depuis des années: il n’y a pas d’incompatibilité entre l’Aunkai et les autres pratiques, y compris le Kishinkai, à condition de pratiquer d’une façon qui permette d’améliorer sa conscience corporelle à un niveau suffisant pour pouvoir utiliser son corps de la façon la plus appropriée dans le contexte. Quand Fabrice réalisait ses techniques de Kishinkai, il faisait du Kishinkai. Pas de l’Aunkai. Mais l’Aunkai lui a permis d’affiner son corps, ses alignements, sa qualité de mouvement, tant d’éléments qui ne peuvent qu’être utiles dans une pratique de qualité, quelle qu’elle soit.



Pratiquer seul - une nécessité

Evidemment ces résultats sont dus au fruit de son travail. Si j’ai pu le guider pour lui donner une direction, il a su prendre toutes les informations que je lui ai données, les retours que je lui ai faits, observer les vidéos de dizaines de pratiquants pour améliorer son oeil et sa compréhension, participer aux stages avec des pratiquants de haut niveau, et cherché à améliorer sa conscience corporelle dans sa vie quotidienne. Un enseignant peut donner des clés de compréhension et indiquer la porte à ouvrir, mais c’est au pratiquant de franchir le seuil.

Commentaires

Unknown a dit…
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