Yashima 31 - Le coeur et l'esprit
AU-DELÀ DE LA TECHNIQUE
Kokoro 心 est un mot si simple, si familier, qu’il semble ne plus avoir de secret. On le traduit par « cœur », parfois par « esprit ». Mais aucun de ces mots ne suffit. Car kokoro n’est ni seulement l’émotion, ni seulement la pensée. Il se situe au croisement du corps, de l’intention, la volonté et l'engagement. Il donne une âme à la technique, et une direction à l'action. Le thème central de ce numéro est consacré à cette notion essentielle. À travers les regards croisés d'adeptes de karate, jūjutsu, Aikidō et koryū, vous découvrirez kokoro sous toutes ses dimensions.
LES LEÇONS DES MAÎTRES
Kokoro transparaît également dans chaque portrait et entretien de ce numéro.
Sagawa Yukiyoshi fascinait pour sa maîtrise hors du commun des principes de l’aiki. Pourtant son secret était visible de tous : un travail acharné et constant. Car aucune technique ne peut remplacer une transformation profonde du corps et de l’être.
Refusant les explications faciles comme le mysticisme, Sagawa rappelait que l’essentiel ne se transmet ni dans les mots ni dans les formes, mais dans un travail intérieur patient et exigeant.
C'est cette même leçon, aussi simple que profonde et intemporelle, qu'incarne aujourd'hui Suga Toshirō. À 75 ans, après une vie de pratique, il s'astreint encore jour après jour à travailler les fondamentaux de l'art pour en maîtriser l'essence. Une inspiration qui trouve son écho dans la passion des nouvelles générations avec Lucie Bodéré et Fabien Vinot.
OMBRES ET LUMIÈRES DU JAPON
Kokoro… c'est l'âme du Japon lui-même. Et plus que dans la splendeur des tours de verre et d'acier d'aujourd'hui, il transparut dans le Japon dévasté d’après-guerre. Celui des ruines, de la faim et du marché noir. Celui d'où émergea une génération de maîtres marqués par l’épreuve, mais déterminés à ne pas s'y résumer. Une génération qui partit à la conquête du monde les mains vides, mais le cœur déterminé. Le kokoro toujours…
L'âme du Japon ce sont aussi ces villages perdus dans la nature. Ces lieux comme Kinosaki où l'on repose son corps et apaise son cœur dans un temps suspendu. On y vit aujourd'hui la même expérience simple qu'il y a 100 ans, 500 ans, entre rivière, lanternes et sources chaudes.
RESTER ÉLÈVE
Le récit d'Emmanuel Ledoyen, enfin, nous rappelle le sens des défis que l'on s'impose. Des 24h du samouraï d'aujourd'hui aux 100 combats d'hier en passant par les mille jours de retraite dans un temple, les voies martiales ont toujours été shūgyō, une ascèse. S'y astreindre nous oblige au risque de l'échec, et à la plus grande humilité. Aux 24h on fraternise, on se dépasse, mais surtout on redevient élève. Et c'est là le plus rapide chemin vers le progrès.
Les plus grands maîtres ne sont pas ceux qui paradent. Ce sont ceux dont le kokoro était suffisamment ferme pour rester élèves. Suivons leur exemple.



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